islamophobie et surenchère sécuritaire…

keufs2116 actes anti-musulmans ont été recensés en France depuis les attentats du 7 au 9 janvier, selon l’Observatoire national contre l’Islamophobie.

En se basant sur les plaintes recensées par le ministère de l’Intérieur, cette instance du Conseil français du culte musulman (CFCM) a compté 28 actions contre des lieux de culte et 88 menaces en moins de deux semaines, soit une augmentation de 110% par rapport au mois de janvier 2014. La situation est « inadmissible », a déclaré le président de l’observatoire, Abdallah Zekri, dans un communiqué. Il demande aux pouvoirs publics d’aller « au-delà des discours rassurants » et de « passer aux actes ».

Ce week-end, un rassemblement à Paris « contre l’islamisation de l’Europe » a été interdit par la préfecture. Cette manifestation, appelant à « mettre les islamistes hors de France », était notamment organisée par le mouvement Riposte laïque, proche de l’extrême-droite, dont nous notions, la semaine dernière, les préconisations sécuritaires ouvertement islamophobes

La surenchère sécuritaire

Depuis une semaine, on ne compte plus les propositions pour renforcer la sécurité de la France, après l’attentat de Charlie hebdo et la prise d’otage de l’épicerie casher, porte de Vincennes. Dès le jeudi 8 janvier, l’essayiste Pascal Bruckner donnait le ton dans un entretien au Figaro : « Le seul moyen de combattre ce genre de menace est d’étendre le pouvoir de la police (…) Il n’y a pas eu d’attentats aussi meurtrier depuis l’OAS, et de Gaulle n’avait pas hésité en 1961 à utiliser ses barbouzes contre les poseurs de bombe. »

« Création d’un organe de contrôle des imams de France »

La proposition émane d’Éric Ciotti, député UMP des Alpes-Maritimes, qui insiste, dans Le Parisien, sur la nécessité de « traquer les [imams] radicaux, ceux qui incitent au jihad ». Pour rappel, selon le principe de laïcité, si les institutions religieuses n’ont pas à se mêler des affaires d’État, ce dernier n’a, de même, pas le droit de les diriger.

« Déclarer l’état d’urgence » et enfermer les « suspects d’activités terroristes »

Adieu l’État de droit. La proposition de l’avocat Arno Klarsfeld, proche de Nicolas Sarkozy d’enfermer des personnes non coupables mais tout simplement suspectes se retrouve dans le discours du déjà-nommé Éric Ciotti. Toujours dans Le Parisien, le député UMP s’est dit favorable à « l’installation de centres de rétention qui accueilleraient les personnes à risques » c’est-à-dire « des gens à qui on ne peut rien reprocher sur le plan pénal mais dont on connaît les engagements radicaux et la menace potentielle qu’ils représentent. »

« Détention provisoire » et « bracelets électroniques » pour les « supposés jihadistes »

Décidément pour enfermer sans preuve, ça se bouscule au portillon. Cette fois-ci, c’est le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) qui propose ses solutions. « Il faut que tous ceux qui sont supposés être des jihadistes sur le territoire national fassent l’objet de mesures préventives, peut-être de détention provisoire, peut-être avec des bracelets électroniques », a estimé Roger Cukierman, dimanche matin avant d’être reçu par François Hollande à l’Élysée.

Empêcher les jihadistes de revenir en France

Pour Nicolas Sarkozy, c’est clair : « Il faut décider que lorsque l’on part quelques mois pour apprendre le maniement des armes, détruire notre démocratie et notre civilisation, on n’a pas à revenir, y compris lorsque l’on est Français », a déclaré l’ancien président de la République sur RTL le 12 janvier. Empêcher des Français de rentrer dans leur propre pays risque d’être compliqué. D’autant que s’ils ne peuvent pas revenir, où vont-ils rester ? Dans le pays d’à côté ? Nos voisins risquent fort de ne pas apprécier se voir « refiler le bébé ».

Renouer avec les services de renseignement de Bachar Al-Assad

C’est l’idée défendue dans Le Figaro (13 janvier) par l’ancien patron de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) de 2008 à 2012, le préfet Bernard Squarcini : « Comment frapper des cibles sans renseignement opérationnel en Syrie, par exemple ?, interroge-t-il. Comment tenir à jour la liste des djihadistes sans l’appui des Syriens ? Même si la diplomatie a sa logique, il faut au moins permettre à la communauté du renseignement de fonctionner. »

« Rétablir les frontières et suspendre Schengen »

Pas de surprise, les propositions du Front National ont toute leur place dans cette liste. Celle-ci est de Florian Philippot, vice-président du parti, qui faisait part de ses suggestions au Parisien, le 13 janvier. De son côté, Marine Le Pen réclame, elle, un référendum sur la peine de mort. Ou comment le Front national recycle ses vieilles idées.

Supprimer la présomption d’innocence pour les jihadistes soupçonnés

C’est ce qu’a proposé le député UMP Xavier Bertrand, dans l’émission Questions d’infos (LCP-France Info-Le Monde-AFP). Sa suggestion : Les Français revenus de l’étranger devront « apporter la preuve qu’ils y allaient pour des raisons autres que d’aller combattre ». A défaut, « ce sera privation de liberté d’une façon ou d’une autre ». Rappelons que cette inversion de la charge de la preuve est contraire au droit de notre pays.

Déchéance de la nationalité pour les terroristes français

Par la voix du député Philippe Meunier, le groupe UMP a ressorti, ce mercredi, une idée déjà proposée sous la forme d’un amendement à la dernière loi antiterroriste, rejeté par l’Assemblée le 4 décembre dernier. Un espoir de trouver aujourd’hui un climat politique plus favorable ? La suggestion n’a pas changé. Il s’agit de « faire perdre la nationalité française à tout individu arrêté ou identifié portant les armes, ou se rendant complice, par la fourniture de moyens, d’opérations armées contre les forces armées ou les forces de sécurité françaises, ou tout civil français ». Dans les faits, une disposition similaire existe déjà. Par le biais de l’article 25 du Code civil, un Français, qui a acquis la nationalité française, donc n’est pas né français, peut être déchu de sa nationalité. Mais il doit pour cela posséder une autre nationalité, puisque les conventions internationales interdisent de rendre une personne apatride.

Placer les quartiers « sous la tutelle d’État ».

Pour « préparer un long combat contre les islamo-nazis » (sic), Malek Boutih, député PS de l’Essonne, ex-président de SOS Racisme, ne manque pas d’idées. Entre autres celle-ci, exposée sur #Direct politique (Linternaute.com, 20 Minutes et Ouest-France) : La « mise sous tutelle de l’État » de certains quartiers sensibles, afin de « restaurer un ordre politique et social strict ». De là à appliquer un droit d’exception et créer des ghettos légaux, il n’y a qu’un pas.

Restent les propositions de l’éditorial d’un certain Cyrano, sur le site Riposte Laïque, définitivement hors-compétition dans ce palmarès : « Pour sauver notre pays, c’est maintenant qu’il faut prendre les bonnes décisions, et notamment l’expulsion de plusieurs dizaines de milliers d’islamistes qui menacent la sécurité des Français. Il faut au plus vite dissoudre les associations musulmanes qui prônent la charia. Il faut un moratoire sur l’islam, par la tenue d’une mission parlementaire, et, en attendant, fermer les mosquées, interdire les tenues islamiques, uniformes de guerre, dans la rue, et en finir avec les dérogations sur le halal… Cela s’appelle le principe de précaution »